Des heures d'attente pour deux secondes. C'est la série qui m'a le plus appris.
Une série d'affût
Des heures d'attente pour deux secondes. C'est la série qui m'a le plus appris.
Cette série rassemble les images que je rapporte de l’affût, presque toutes réalisées en Auvergne-Rhône-Alpes, à quelques heures de route de Lyon. Elle s’est constituée lentement, sans plan : on repère un endroit, on y retourne, on s’installe, on se fait oublier. Parfois il ne se passe rien pendant une matinée entière. Parfois un balbuzard fond sur l’eau à quelques mètres et tout se joue en une fraction de seconde.
Ce qui relie ces photographies, ce n’est donc pas un sujet, puisqu’un rapace, une hermine et un papillon n’ont rien en commun : c’est un régime d’attention. Il faut avoir tout réglé avant, parce qu’on n’aura pas le temps ; il faut avoir choisi son arrière-plan avant que l’animal n’arrive, parce qu’on ne pourra pas se déplacer ; et il faut accepter de rentrer bredouille.
C’est cette discipline qui a fini par déborder sur tout le reste. Anticiper un geste plutôt que le poursuivre, se placer avant plutôt que réagir après : ce que j’ai appris à l’affût me sert aujourd’hui bien davantage en mariage ou en festival que devant un animal.
Le balbuzardUn balbuzard pêcheur en plein envol, ailes complètement déployées. J’avais choisi mon cadre et ma vitesse avant qu’il n’arrive : c’est la seule manière d’obtenir ce genre d’image, il n’y a pas de seconde chance.L’hermine en alerteUne hermine dressée parmi les herbes, observant hors du cadre. Elle est restée immobile deux ou trois secondes, le temps de comprendre ce que j’étais. J’ai laissé beaucoup d’espace du côté de son regard : c’est ce vide qui rend l’alerte lisible.Reflet au crépusculeUn échassier et son reflet dans une eau embrasée par le soleil couchant. À cette heure, il ne reste presque plus de couleurs : seulement une silhouette, sa symétrie et une surface d’orange. J’ai sous-exposé pour garder l’intensité du ciel.Les oisillonsDeux oisillons blottis l’un contre l’autre sur une branche. Photographié de loin au téléobjectif, sans approcher du nid : c’est la règle que je m’impose systématiquement avec les jeunes.Le gazéUn gazé posé sur une fleur de centaurée. La macro impose une profondeur de champ minuscule : il faut choisir ce qui sera net, ici les nervures noires de l’aile, et abandonner le reste.Graphisme des ailesUn papillon noir et blanc taché d’orange butinant des fleurs rouges. Une image construite sur un contraste de couleurs plutôt que sur le sujet lui-même : c’est le rouge qui fait exister le motif des ailes.
Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette série, ce serait sans doute celle-ci : la patience n’est pas une vertu morale en photographie animalière, c’est une technique. On n’attend pas pour être méritant, on attend parce que c’est la seule façon d’être déjà en place quand la chose arrive.