Un portrait réussi ne dépend pas de la pose. Il dépend du moment où la personne cesse de poser.
Une série sur la distance
Un portrait réussi ne dépend pas de la pose. Il dépend du moment où la personne cesse de poser.
Le portrait est venu tard. Pendant des années, je n’ai photographié que des paysages et de la nature : aller vers les gens demandait une confiance que je n’avais pas. Ce sont les mariages qui ont débloqué cela. On y photographie des émotions qu’on n’a pas provoquées, entre des personnes qui s’aiment et qui n’ont pas le temps de faire attention à vous.
Cette série rassemble ce qui est resté de ce basculement. Elle est faite presque entièrement en lumière naturelle, dehors, dans des lieux qui veulent dire quelque chose pour la personne : une forêt d’automne, une plage, une rue. Le décor n’y est jamais un fond neutre : c’est un allié, et souvent la moitié du sujet.
Ce que ces images ont en commun tient en un mot : la distance. À quelle distance se tient-on de quelqu’un ? Assez près pour qu’il se passe quelque chose, assez loin pour qu’il ne se passe rien à cause de vous. Une séance commence donc rarement par des photographies : elle commence par une conversation, le temps que l’appareil se fasse oublier. Je guide quand c’est nécessaire, puis je laisse venir. Les images que les gens gardent sont presque toujours celles d’entre deux poses.
Lumière d’automneUn portrait en forêt d’automne, écharpe rouge et chapeau à la main. Les couleurs du décor répondent à celles du vêtement : c’est le genre d’accord qu’on repère avant la séance, pas pendant.Le tapis de feuillesAllongée dans un tapis de feuilles mortes, photographiée à la verticale. En supprimant l’horizon, on supprime aussi le lieu : il ne reste qu’un visage et une matière.Couleurs et caractèreCheveux roses et blonds, lunettes rondes, feuillage d’automne derrière. Ici l’arrière-plan n’adoucit pas le sujet, il l’amplifie : deux gammes de couleurs qui se répondent franchement.La complicitéDeux amies allongées dans l’herbe. Une image d’entre deux poses : elles ne me regardaient plus, et c’est exactement le moment que j’attendais.Sur les dunesUne silhouette debout sur des dunes, sous un grand ciel bleu. J’ai reculé jusqu’à ce que le personnage devienne minuscule : le portrait devient alors autant celui d’un lieu que d’une personne.Un geste suffitUn cœur formé avec les mains, au premier plan. Le geste fait le portrait : quand quelqu’un est intimidé, lui donner quelque chose à faire de ses mains résout presque toujours la situation.Contre-jour au couchantUne silhouette dans l’eau au coucher du soleil. J’ai attendu que le voilier entre dans le cadre pour que la personne ne soit pas seule au milieu du vide : le second élément donne l’échelle et l’histoire.
Ce que le portrait m’a appris et que la nature n’enseigne pas : on ne photographie pas quelqu’un, on photographie une relation, y compris celle, très courte, qui s’installe pendant la séance.