Voyager n'apprend pas à faire de belles photos. Ça apprend à regarder autrement.
Ce que rapporte un voyage
Voyager n'apprend pas à faire de belles photos. Ça apprend à regarder autrement.
C’est par les voyages que ma passion s’est construite, et cette série en est le carnet : Bali, Madagascar, les Cyclades, Mostar, des lacs et des volcans. Elle rassemble des images faites sur plusieurs années et dans des conditions très différentes, mais toujours avec la même contrainte : on ne revient pas.
C’est cette contrainte qui m’intéresse. Chez soi, on peut retourner dix fois au même endroit jusqu’à ce que la lumière soit celle qu’on attendait. En voyage, il y a une lumière écrasante à midi sous les tropiques, une danse traditionnelle qu’on ne peut pas interrompre, des enfants qui viennent au-devant de l’appareil. Il faut faire avec.
J’ai longtemps rapporté surtout des paysages, parce qu’aller vers les gens me demandait une confiance que je n’avais pas. Ce qui a changé, c’est que je cherche désormais autant les scènes du quotidien que les vues remarquables. Un cycliste sur un pont, deux enfants contre un mur de pierre, un clocher devant un ciel : ce sont ces images-là que je regarde encore des années après, plus que les panoramas.
Ce que je rapporte de ces séjours n’est donc pas seulement une série : c’est une habitude de m’adapter vite, de composer dans l’urgence et d’aller vers les gens. C’est exactement ce dont on a besoin le jour d’un mariage ou d’un festival.
BaliUne danseuse traditionnelle balinaise, en costume et coiffe dorée. Une scène qu’on ne peut ni interrompre ni faire recommencer : il faut trouver sa place dans l’assistance, puis attendre la seule position de la tête qui donne le geste.CycladesUn clocher blanc se détachant sur un ciel bleu intense. Le sujet est banal et mille fois photographié : j’ai cherché à ne garder que deux masses de couleur, sans horizon ni contexte, pour en faire un motif plutôt qu’une carte postale.MadagascarDeux enfants souriants enlacés devant un mur de pierre. Ils sont venus vers moi avant que je n’aille vers eux, ce qui arrive souvent. Le mur, très texturé, isole les visages sans qu’il soit besoin de flouter quoi que ce soit.Le cratèreUn cratère volcanique fumant et ses coulées de cendre. La difficulté ici est l’échelle : sans les montagnes en arrière-plan, l’image ne dit pas la taille du gouffre.Un nuage, un pontUn cycliste franchissant un pont en arc, un seul nuage dans le ciel. J’ai attendu à l’autre extrémité du pont que quelqu’un s’engage : sans cette silhouette, l’arche reste une forme, avec elle elle devient un passage.Lac d’altitudeUn lac turquoise au creux d’une vallée boisée. La couleur n’est pas retouchée : elle vient de la lumière de milieu de journée, ce moment qu’on déconseille en général et qui, sur l’eau, fait exactement l’inverse de ce qu’on craint.La maison au bord de l’eauUne rive boisée aux couleurs d’automne, avec une maison isolée. Vue du ciel, la découpe entre la forêt et l’eau devient une ligne graphique : c’est elle le vrai sujet, pas la maison.
Une série de voyage se construit rarement sur place. Elle se construit au retour, en écartant les images qui ne racontent qu’un lieu pour ne garder que celles qui racontent un moment.